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Entretien avec Sylvain Lament, président du Cercle d’Etude des Agences Groupistes


Article rédigé par le 07/12/2017 à dans la rubrique Agences de voyages

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						Agences de voyages  - Entretien avec Sylvain Lament, président du Cercle d’Etude des Agences Groupistes
Sylvain Lament, président CEAG
Fondateur en 1981 du tour-opérateur spécialisé dans les groupes Syltours, Sylvain Lament était un professionnel tout désigné pour inspirer et présider ce Cercle de réflexion, né en 2015 pour traiter des spécificités du tourisme de groupe. De retour de trois jours de « rencontres » à Marrakech, il nous livre ses commentaires et impressions sur l’évolution du Cercle en particulier et du marché groupes en général. « Notre métier a changé le 11 septembre »

Peut-on revenir rapidement sur les motivations qui vous ont conduit à créer le CEAG ?

Il y avait deux motivations principales, la première d’obtenir une forme de reconnaissance des spécificités de notre activité, qui n’étaient pas prises en compte par les différentes instances professionnelles ; la seconde est de pouvoir discuter entre nous de sujets qui nous sont propres au lieu de s’ennuyer ferme dans des congrès qui ne nous concernent que très peu, et j’y rajouterais, ce qui est aussi important à mes yeux, la volonté de transmettre à tous un certain nombre de valeurs qui conditionnent les relations que nous avons avec des clients, qui sont notre raison de vivre. Nous venons de passer 3 jours à Marrakech, autour de ces sujets, avec des réflexions très intéressantes.

 

Que pouvez-vous nous dire de ces « Rencontres » ?

D’abord insister sur le terme, ce sont des « Rencontres », pas des assises ou un congrès, car nous voulons conserver le côté convivial qui a présidé à la naissance du Cercle. Elle résulte de discussions entre un petit groupe de professionnels qui se côtoient, se respectent et s’apprécient. L’esprit participatif est donc très important. Aujourd’hui, c’est plus compliqué car nous sommes partis à 4 pour arriver à une trentaine. Nous sommes en train de nous structurer, de nous organiser afin de mieux appréhender et cerner les nouvelles difficultés de notre métier.

 

Avez-vous néanmoins le sentiment d’être représentatif de votre activité ?

Nous ne cherchons pas à rassembler tous ceux qui font du groupe, ils sont très nombreux car il est naturel – dans le modèle économique des tour-opérateurs – d’avoir un département groupe, qui génère du cash-flow, qui sécurise des chaînes de charter, des engagements de prestataires, etc. … Pour autant, ce n’est pas le même métier que celui de ceux qui en vive à 100%. En ayant fixé des règles, notamment sur le pourcentage d’activité groupe, je peux dire que nous sommes très représentatifs. Le principe de la cooptation, qui nécessite d’avoir deux parrains déjà membres, maintient aussi cette cohérence entre gens qui ont les mêmes sujets de préoccupation.

 

 

Pour en revenir aux rencontres de Marrakech, qu’en ressort-il ?

Pendant ces trois jours, nous n’avons pas parlé de voyage, ni des prestataires que nous utilisons. Nous avons parlé de notre modèle économique et de nos fonctionnements, et nous avons surtout confronté nos expériences. Nous avons essayé de définir des règles minimales qui font de nous de vrais professionnel du voyage de groupe, qui nous permettent de nous différencier des acteurs qui occasionnellement traite un voyage de temps en temps  et qui, par là même, n’ont pas, à nos yeux, la possibilité de mettre en place des structures suffisantes.

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc une fonction essentiellement pédagogique…

Pas seulement, mais ce volet est important, d’autant que certains membres n’étaient même pas adhérents des Entreprises du Voyage, n’y voyant pas un grand intérêt.

A ce jour un grand nombre de nos membres y ont adhéré. Nous avons grâce à ce partenariat pu faire entendre notre voix et nous avons pu travailler aussi bien avec le Seto et les EDV pour éviter la taxation des voyages des comités d’entreprise. Ce travail a été fait d’une manière solidaire en permettant à chaque entité de mutualisé ces connaissances : la dimension lobbyiste pour les EDV Et SETO, la connaissance des clients pour le CEAG. Cela nous a permis aux uns et aux autres de collaborer et d’avoir un langage commun.

Pour être encore plus concret, nous avons élaboré entre nous une charte de bonne conduite avec les réceptifs, qui garantit que nous aurons avec eux le même comportement. De même, nous sommes déjà une vingtaine, parmi tous les membres, à utiliser le même contrat-type pour les groupes. Ce qui permet d’avoir un langage commun et aux clients de se retrouver à travers les mêmes clauses. Nous sommes en train de créer des documents de référence, qui faisaient défaut jusqu’à présent.

 

 

Comment expliquez-vous que certains confrères ne souhaitent pas vous rejoindre ?

Il y a toujours plusieurs niveaux d’engagement. Il y a ceux qui estiment que notre travail n’est pas nécessaire, même s’ils profiteront aussi de la clarification du marché ; il y a ceux qui sont adhérents mais ne participent pas à nos travaux, par manque de temps, par manque d’intérêt. Et j’insiste aussi sur le fait que l’adhésion est une cooptation, il faut donc qu’il y ait l’envie ou la capacité à se faire accepter. Mon expérience personnelle est intéressante, car je vous avoue qu’il y a des personnes qui ont été présentées par des confrères avec lesquelles je n’avais aucune envie ni de discuter, ni de côtoyer. Je vivais sur des aprioris et pour autant, je les ai découvertes. Leur contribution est très positive pour l’ensemble du groupe. Cette relation personnelle marche dans les deux sens. Tout le monde n’accepte pas facilement de sortir de son petit ghetto. C’est pourtant une forme d’intelligence, ou au moins de curiosité.

 

Mais globalement vous êtes satisfait de ce qui se passe au sein du Cercle…

Ce que je trouve positif, c’est que pratiquement tout le monde joue le jeu. Nous avons les mêmes sujets, le même langage, les mêmes problèmes, et nous avons par contre des solutions différentes que l’on arrive à comparer de manière assez ouverte. Nous restons des saltimbanques, sans se prendre au sérieux au-delà du raisonnable. Nous sommes des épiciers, au bon sens du terme, car nous faisons vivre des entreprises avec nos fonds propres, notre travail, nos clients, notre savoir-faire, notre technicité. Quand on en a pris conscience, on va tout de suite à l’essentiel.

 

Le métier de groupiste a cette réputation de jongler avec des marges minimalistes, qui le mettent souvent sur le fil du rasoir de la rentabilité, qu’en pensez-vous ?

C’est la vision qu’en ont les autres professionnels du tourisme qui ne connaissent pas notre fonctionnement. Parmi les plus belles réussites économiques et financières du tourisme, vous allez trouver des groupistes, qui gagnent très bien leur vie avec des marges confortables. Nous ne pouvons pas empêcher les chefs d’entreprise de mal gérer, par contre nous pouvons être vigilants car nous avons souvent été conscients des difficultés de confrères avant qu’elles ne se transforment en catastrophe… La communication pourra nous permettre cela.

 

Au-delà des problèmes communs qui touchent plutôt à la gestion des entreprises, ne voulez-vous pas vous intéresser aussi aux évolutions du marché ?

Nous nous sommes interdits de parler du produit, de nous comparer les uns aux autres. Nous pouvons mener une réflexion sur certaines tendances du marché, sur les outils à venir mais cela s’arrêtera là. Nous sommes quand même un microcosme et si nous commençons à rentrer dans le produit, nous risquons le conflit d’intérêt, les questions de concurrence. C’est encore plus vrai dans la mesure où chacun d’entre nous a une forme de spécialisation, sur le type de voyage, la sophistication des prestations, les destinations, le modèle économique, le type de clientèles. Cela deviendrait trop compliqué.

 

Sans entrer dans les études sociologiques, vous pourriez parler d’évolution de la clientèle Groupes, que l’on associe toujours aux seniors et au CE assistés financièrement…

Je vais vous dire mon sentiment… Je trouve excellent que l’on pense cela et que les autres professionnels soient persuadés que la clientèle n’a pas évolué. Entre nous, bien sûr que non. Il y a plein de choses que l’on voit arriver sur le marché des groupes et c’est tant mieux. Vous me permettrez de ne pas vous en dire beaucoup plus.

 

On parle pas mal en ce moment des groupes « affinitaires », des individuels réunis autour d’une même passion ou d’une même pratique, comment le vivez-vous ?

Ils ont toujours existé même si on ne les appelait pas comme cela. L’affinité est ce qui réunit un groupe, sans que ce soit forcément le motif du voyage. Un club de boulistes a envie de partir ensemble, pas forcément pour jouer à la pétanque, mais pour partager des expériences. En fait, pour trouver des thématiques porteuses je fais davantage confiance aux produits. Je parle davantage au titre de mon entreprise que d’une manière générale, mais je constate que les nouvelles destinations, les offres que nous découvrons sur place vont nous amener à trouver la, les clientèle(s) qui seront intéressées. J’incite fortement tous mes collaborateurs à être créatifs, sinon on est mort. Pour d’autres, ce sera de sortir un produit à moins de 1 300 euros. C’est la vision de chaque entreprise en fonction de son ADN. On en revient à l’image que chacun veut porter.

 

Mais cette image globale du groupe n’est guère valorisante, comment la changer si c’est souhaitable, si c’est possible ?

J’en reviens un peu aux origines du CEAG, nous voulions effectivement redonner une vision plus réaliste du métier de groupiste au lieu de cette vision péjorative de voyage catastrophe, d’entreprises qui plantent la profession. Et l’image peu valorisante que vous évoquez, elle persiste chez les professionnels, mais pas chez nos clients qui cherchent des prestations de qualité, à un prix économiquement viable. Quand je vois les modèles économiques de certains TO qui se mettent à perdre de l’argent dès qu’ils suppriment les 10 euros de frais de dossiers, je suis mieux à ma place et avec mes marges. 

 

Le monde complexe que nous vivons avec ses crises géopolitiques, ses catastrophes naturelles vous conduit-il à rendre encore plus difficile la gestion des risques ? Un de vos confrères me confiait récemment qu’il avait en permanence une boule au ventre en anticipant la prochaine « merde », pardonnez-moi le terme mais il est explicite, qui allait lui tomber dessus…

Et en général, c’est le week-end qu’elle tombe… Dans n’importe quel métier, dès que vous vendez du service, vous êtes obligé de gérer l’urgence. C’est sans doute la plus grande spécificité de notre métier de groupiste que nous voulons faire passer. Tout le monde, à un moment ou un autre, y compris la plus petite agence de voyages va vouloir organiser un groupe. Son expérience est forcément limitée et son client part déjà avec un gros facteur de risque, dont il n’est pas conscient. Nous, c’est notre quotidien. Nous avons les structures, nous avons les procédures, nous avons les numéros d’urgence, nous avons les contacts officiels de permanence et tout un réseau de correspondants auxquels nous pouvons demander de prendre le groupe en charge à la moindre alerte ou difficulté. Notre métier a changé le 11 septembre 2001. Tout est devenu plus compliqué en termes de sécurité dans un contexte de plus en plus consumériste.

 

Mais vous restez optimiste pour autant, y compris avec l’irruption d’Internet dans tout cela…

Oui, sinon on change de métier. Soyons honnête, je fais un métier fabuleux avec un quotidien fait de rencontres personnelles, de découvertes, d’adrénaline ... et quand à Internet, en ce qui nous concerne, il a donné davantage de moyens aux clients de s’informer, mais pas d’organiser leur voyage.  


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